Réponse rapide : ouvrez un conseil au hasard et posez cinq questions. 1. Cite-t-il une publication précise, ou « des études » ? 2. Le niveau de preuve est-il affiché conseil par conseil ? 3. L'application dit-elle quelque part que quelque chose ne marche pas ? 4. Que devient ce que vous saisissez ? 5. Quand une pratique vous est contre-indiquée, l'app la retire ou vous avertit ?
1. La traçabilité : « des études » n'est pas une source
Le premier test est le plus rapide. Ouvrez un conseil et regardez ce qui le justifie. Trois niveaux se distinguent immédiatement :
- Rien. Une affirmation seule, au ton assuré. C'est la majorité du marché.
- Une allusion. « Des études montrent que… », « selon la science… », un lien vers un article de blog ou une interview. Non vérifiable, donc sans valeur probante.
- La publication elle-même. Auteurs, revue, année, et un identifiant — DOI ou PMID — qui permet de la retrouver en une recherche.
Seul le troisième niveau se contrôle. Et il se contrôle vraiment : collez le DOI dans un moteur de recherche et vérifiez que le titre correspond. Une référence dont le dernier caractère est faux ne résout vers rien — c'est une erreur silencieuse et fréquente, du genre que seul un contrôle automatique attrape.
2. Le niveau de preuve, affiché conseil par conseil
Toutes les recommandations santé n'ont pas la même solidité, et une application honnête l'affiche au lieu de tout présenter sur le même plan. L'échelle utilisée ici :
| Note | Ce qu'elle signifie | Exemple |
|---|---|---|
| A | Plusieurs essais randomisés chez l'humain, ou une méta-analyse, dans le même sens | La thérapie comportementale de l'insomnie |
| B | Un essai bien conduit, ou de solides données humaines avec un mécanisme établi | La mélatonine pour décaler l'horloge |
| C | Émergent : petits échantillons, courte durée, ou données mécanistiques | Plusieurs pratiques de récupération à la mode |
Une application qui ne distingue jamais A de C vous demande de faire confiance à sa sélection sans vous donner les moyens de la juger. Là où une méta-analyse existe, elle doit primer sur les travaux d'une seule équipe — c'est la règle qui protège des modes.
3. Le test du refus
Celui-ci est le plus révélateur, et personne ne le fait. Cherchez, dans l'application, un endroit où elle dit que quelque chose ne marche pas.
Un contenu construit à partir de la littérature en contient forcément : des méta-analyses contredisent régulièrement des pratiques populaires. Un contenu construit à partir de ce qui se partage bien n'en contient aucun, parce que refermer une porte ne fait pas vendre.
Deux exemples faciles à vérifier. La mélatonine : une analyse publiée dans JAMA en 2023 a mesuré 25 références de gommes, dont 22 étaient mal étiquetées, avec un contenu réel allant de 74 % à 347 % de l'annonce. Une app qui recommande la mélatonine sans mentionner cela a lu le résumé d'un essai, pas la littérature. Et le score de sommeil des montres connectées : une série de cas cliniques publiée dans le Journal of Clinical Sleep Medicine en 2017 a décrit des patients dont l'insomnie était entretenue par la poursuite d'un score parfait — la surveillance produisant exactement l'éveil qu'elle prétendait mesurer. Le phénomène s'appelle l'orthosomnie. Une application de sommeil qui n'en dit rien vend le problème avec la solution.
4. Ce que devient ce que vous saisissez
Les données de santé sont parmi les plus sensibles qui existent. Trois questions concrètes, dans l'ordre de ce qu'elles garantissent :
- Faut-il un compte ? Un compte crée un identifiant durable rattaché à vos données. Son absence n'est pas un détail de confort.
- Le traitement est-il local ? « Chiffré en transit » signifie qu'une copie est partie. « Traité sur l'appareil » signifie qu'aucune copie n'existe ailleurs.
- Y a-t-il de la publicité ? La publicité ciblée dans une app de santé implique un profilage, quelle que soit la formulation de la politique de confidentialité.
Le degré le plus fort est rarement proposé : une application qui ne contient aucun code réseau. Ce n'est plus une promesse, c'est une propriété structurelle — sans couche réseau, aucun chemin n'existe pour que des données sortent, indépendamment de ce que dit le texte juridique.
5. Retirer, plutôt qu'avertir
Le test le plus discriminant sur le plan de la conception. Quand une pratique ne vous convient pas — une contre-indication, une situation particulière —, l'application l'affiche-t-elle avec un avertissement, ou ne l'affiche-t-elle pas du tout ?
L'avertissement transfère la charge de la décision sur vous, à un moment où vous n'avez ni le contexte ni l'envie de la prendre. Le retrait la traite en amont. Le resserrement de la fenêtre de sommeil, par exemple, est efficace et bien documenté — et il est à écarter en cas de trouble bipolaire ou d'épilepsie. Une application qui connaît votre situation et vous le propose quand même avec un encadré rouge a fait la moitié du travail.
Le même raisonnement vaut pour ce qui est proposé. Un protocole écrit pour le travail de nuit ou pour les premiers mois avec un nouveau-né n'a pas à être une version générale que vous adapteriez vous-même : soit il est écrit pour cette situation, soit il ne l'est pas.
La ligne réglementaire, en une phrase
Une application de bien-être n'est pas un dispositif médical : elle ne diagnostique pas, ne traite pas et ne prévient aucune pathologie. C'est une distinction utile plutôt qu'une formalité, parce qu'elle définit ce qu'on peut légitimement attendre. Une app qui promet, en pratique, de traiter quelque chose tout en se présentant comme un outil de bien-être se contredit — et c'est en soi un signal d'alerte.
La grille appliquée à Sillon
Il serait malhonnête de publier cette liste sans s'y soumettre. Voici les réponses, vérifiables.
| Question | Sillon |
|---|---|
| Sources | 153 références primaires, chacune contrôlée contre le registre Crossref — titre, revue, année. Une pratique sans citation valide n'est pas publiée. |
| Niveau de preuve | Chacune des 109 pratiques porte une note A, B ou C. La note C est signalée dans l'interface. |
| Refus | Oui — mélatonine à forte dose, scores de sommeil des capteurs, compléments dont l'étiquette n'est pas vérifiée. |
| Données | Aucun compte, aucune publicité, et aucun code réseau dans l'application. Apple Santé est facultatif et en lecture seule. |
| Contre-indications | Elles retirent la pratique du moteur au lieu de l'afficher avec un avertissement. |
| Statut | Outil de bien-être. Ne pose aucun diagnostic, ne remplace aucun avis médical. Certaines cartes n'ont qu'un but : envoyer voir un professionnel. |
La limite honnête. Une application, aussi bien sourcée soit-elle, ne connaît pas votre dossier, n'examine personne et ne remplace pas une consultation. Sur une insomnie qui dure depuis plus de trois mois, une douleur persistante ou un trouble de l'humeur, elle peut au mieux accompagner ce qu'un professionnel encadre. Une app qui vous laisse croire l'inverse échoue au test le plus important.
Sources
- Baron KG et al., « Orthosomnia: Are Some Patients Taking the Quantified Self Too Far? », Journal of Clinical Sleep Medicine (2017)
- Cohen PA et al., « Quantity of Melatonin and CBD in Melatonin Gummies Sold in the US », JAMA (2023)
- Edinger JD et al., « Behavioral and psychological treatments for chronic insomnia disorder in adults: an AASM clinical practice guideline », Journal of Clinical Sleep Medicine (2021)
- Riemann D et al., « The European Insomnia Guideline 2023 », Journal of Sleep Research (2023)
- Carney CE et al., « The consensus sleep diary: standardizing prospective sleep self-monitoring », Sleep (2012)
Une app qui accepte d'être jugée sur cette grille
109 pratiques notées, 153 sources vérifiées, aucun code réseau. Gratuit, hors ligne, sans compte.